Mumbra se trouve à la périphérie de Mumbai, une ville née d’un déplacement ethnique. Après les émeutes de 1992-1993 qui ont suivi la démolition de la Babri Masjid, des milliers de familles musulmanes ont quitté le centre-ville pour s’installer ici. Ce qui n’était autrefois qu’une petite population est devenu un monde dense et autonome, composé aujourd’hui de plus de 80 % de musulmans, façonné par une ségrégation que personne n’a eu besoin de légiférer.
J’ai grandi à Mumbra en tant que non-croyante, au sein de cette enclave, avant de partir pour la France en 2022.
Ce projet est un retour, mais pas un retour au pays. Je photographie les femmes de la ville, son chaos, sa foi et les espaces où la foi se tait, sa pauvreté et sa résilience obstinée. Je m’intéresse moins à expliquer ce qui s’est passé en 1992 qu’à montrer ce qui s’est accumulé depuis : la manière dont un lieu s’organise autour d’une ancienne blessure dont on ne parle pas.
Certaines images de cette série sont amputées d’une partie d’elles-mêmes : des pixels ou des fragments ont été délibérément retirés. Ils traduisent ce que je n’étais pas capable de regarder directement lorsque j’y vivais encore : certains regards, certaines pièces, certaines personnes. Ces effacements ne sont pas un procédé stylistique. Ils sont davantage une transcription honnête de mes propres limites en tant que témoin, rendues visibles plutôt que dissimulées.
Lost in Parts est un projet documentaire au long cours, qui s’inscrit dans une recherche plus vaste sur l’appartenance, le regard et la violence héritée dans les villes indiennes.
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